Le Canada à moto - Du sud au cercle polaire !
Un homme, 2 roues, 2 mois et 20 000 km d’Aventure !

Depuis quelques années, j’ai eu la chance de visiter l’Europe et surtout l’Amérique du Sud, et ce, à quelques reprises durant plusieurs mois. J’adore voyager, découvrir de nouveaux horizons, des cultures et des langues différentes. J’aime visiter des cités totalement inconnues, gravir des montagnes et des volcans, marcher dans des déserts et des forêts humides.
Pourtant, je déteste conduire.
En fait, je ne déteste pas conduire, je suis simplement en aversion avec l’automobile et les conséquences qu’elle peut avoir sur la vie quotidienne d’un explorateur (et d’un résident montréalais !). Je n’aime certainement pas avoir à tourner en rond deux heures pour me stationner, ou simplement payer 100 euros pour faire le plein. Je n’aime pas non plus le sentiment d’encloisement et de détachement que procure le fait d’être à l’intérieur d’un habitacle fermé (ou même ouvert comme dans une décapotable).
Il y a toujours la manière plus « réelle » de voyager selon moi, c’est-à-dire en transport en commun, avec un sac à dos. Cette méthode de découverte n’est pas toujours évidente cependant et comporte plusieurs contraintes. En effet, il est difficile de sortir des sentiers battus et de découvrir des endroits moins touristiques et plus reculés. Il faut se résoudre à adopter les destinations desservies par les autobus ou les trains, sinon s’en remettre aux taxis qui ne sont pas toujours très économiques.
Cette méthode, bien qu’elle permette un rapprochement avec la population locale, n’élimine pas l’encloisement et ne me procure pas toujours l’effet de liberté et de dépaysement que je recherche.
Depuis que j’ai 16 ans, j’ai toujours possédé une voiture. Pour moi, c’était un besoin viscéral, un mode de vie et aussi un moyen de positionnement dans l’échelle sociale. Ce fut aussi une grande source de dépenses et, avec les coûts actuels de l’acquisition, de l’entretien et de l’essence, c’est devenu pour moi une dépense de trop, surtout par rapport aux distances parcourues annuellement.
En 2006, à la fin du contrat de location à long terme de mon véhicule, j’ai pris la décision de rendre la voiture et de ne pas renouveler le contrat. J’ai eu la chance, simultanément, d’être transféré pour le travail au centre-ville de Montréal. Résidant dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, je pouvais alors me permettre facilement de voyager en vélo ou de prendre le métro quand la météo n’était pas coopérante !
Évidemment, ce ne fut pas une adaptation facile. La conduite d’un vélo dans ma ville est « légèrement » périlleuse (chaussée impitoyable, conducteurs téméraires, piétons aveugles, météo…). Le métro est relativement inconfortable car vraiment trop plein aux heures de pointe et trop souvent en panne. Lors d’une sortie automnale (la fameuse soirée du 5 à 7 à Montréal !), je décide de marcher sur la rue St-Laurent pour me rendre dans un petit bistrot d’Outremont quand je passe devant un détaillant Vespa. Elles sont charmantes, ces petites machines !
En fait, je n’avais jamais vraiment envisagé l’achat d’une moto et encore moins d’un scooter. Mon travail m’a donné la « chance » de constater les conséquences d’un accident de motocyclette et je m’étais promis de ne jamais acheter ce type de véhicule. J’ai possédé, au fil des ans, quelques motos mais sans trop de conviction. Inconfortable, non pratique, froid, chaud sont les mots qui me venaient à l’esprit et étaient associés à la moto.
Quelques voyages en Europe m’ont toutefois fait découvrir une autre réalité. Sur ce continent, ce mode de transport est simplement lié à l’efficacité et constitue l’une des seules solutions pratiques aux engorgements urbains. En fait, je crois que là-bas, c’est un mode de vie et non un loisir comme ici.
Pour faire une histoire courte, deux jours plus tard, je déambulais à toute vitesse dans les rues saturées de Montréal sur une superbe Vespa GTx 250 !!! Wow, quelle superbe bécane ! Je suis libre, enfin !!! Vitesse de pointe de 140 km/h, facile de se faufiler dans la circulation dense. Évidemment, je ne suis pas en Europe où l’on retrouve ces machines à chaque coin de rue. Je me fais traiter de tous les noms par certains, alors que d’autres baissent leur vitre pour me faire part de leur approbation pour ce geste « écolo ». Mais en fin de compte, j’adorais ce nouveau mode de vie, au point de toujours vouloir aller un peu plus loin, en sortant parfois de la ville.
Cette machine, bien que proposant une vitesse de croisière permettant de circuler confortablement sur les autoroutes, n’est toutefois pas conçue pour cela. Le freinage, la direction, la motorisation et la suspension sont adéquats mais rendent les trajets plus substantiels inconfortables et parfois périlleux.
Au printemps 2007, lors d’une promenade de fin de semaine, je fais une erreur qui me sera très coûteuse. Je m’arrête, juste pour « voir », chez un concessionnaire Motorrad BMW tout près de la maison. Deux jours plus tard, je me promenais en BMW R1200GS 2007 à la conquête du monde entier !!!

Je suis totalement tombé en amour avec la série GS de BMW. Une machine que je ne connaissais pas vraiment mais qui, comme dans un rêve, m’attendait, comme si quelqu’un avait produit une moto destinée exactement à ce que je recherchais : l’Aventure.
Mon objectif est simple et clair : effectuer en solo un voyage entre le Canada et l’Argentine (plus précisément en Patagonie). Évidemment, tout cela ne se fait pas en quelques jours, ni même en quelques mois. Il faut pratiquer, pratiquer et encore pratiquer, mais surtout planifier et apprendre à connaître ses limites.
L’été 2007 m’amènera dans les Maritimes et au Colorado. J’aurai parcouru 20 000 km, ce qui me permettra de constater les limites de la machine (et les miennes !). Au retour de Denver, je décide de regarder à long terme et d’échanger ma GS pour le modèle 2008 de la BMW R1200GS Adventure.
C’est une moto semblable mais offrant des avantages venant combler les problèmes rencontrés lors de mes premiers voyages :
- Augmentation substantielle de l’autonomie grâce à un réservoir permettant de faire 700 km ;
- Transmission Enduro permettant une conduite plus facile hors route ou quand la moto est chargée (1ère vitesse plus courte) ;
- Meilleure protection avant avec un pare-brise plus grand ;
- Suspension électronique permettant des ajustements de conduite dans diverses conditions (routes cahoteuses, hors-route, passager et bagages) ;
- Système électrique plus puissant pour les accessoires (veste chauffante, GPS) ;
- Meilleure protection des jambes ;
- Position de conduite plus haute, un avantage dans les sentiers ou les routes accidentées ;
- Valises de rangement en métal (plus solides, plus d’espace, plus sécuritaires) ;
- Meilleur éclairage (phares d’appoint) ;
- Prises électriques pour accessoires ;
- Roues à rayons (plus solides).
Je reçois finalement la bête en avril 2008 après de longs mois d’attente hivernale. En fait, l’hiver 2008 fut certainement le plus difficile de mon existence. Ayant acheté la moto, j’ai décidé de ne pas faire de voyage et cette décision a coïncidé avec l’hiver le plus rigoureux jamais enregistré au Québec ! Des mètres de neige, comme jamais ! Tout cela m’a, en contrepartie, permis de travailler fort à la planification d’une première sortie majeure qui aura comme objectif de servir de pratique pour un éventuel voyage en Patagonie : traverser mon pays et me rendre à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest. Au bout de la route car, littéralement, il est impossible en été de se rendre plus loin au pays.
J’ai envisagé au début de me rendre au Mexique, mais j’ai vite bifurqué vers le Canada pour une raison très simple : je n’avais jamais traversé et vraiment visité mon pays !
J’ai lu à peu près tous les sites web d’aventure, acheté quelques livres et débuté la rédaction de la planification des trajets et des effets nécessaires pour accomplir une telle traversée seul, de façon autonome.
Voici donc un bref résumé de mon Aventure, rédigé quotidiennement dans mes temps libres.
