09h00 Rushing River Provincial Park (ON)
12h00 Winnipeg (MB) 270 km
La Pluie ! (Remarquez le P majuscule !)
Il a plu légèrement toute la nuit, mais la chance m’a offert une brèche d’une heure au réveil pour ranger mes affaires et préparer la moto.
Voyager de cette façon est vraiment différent ; je suis totalement à la merci de la météo et de la nature. Tout est mouillé.
Première leçon : toujours garder les vêtements du lendemain matin dans la tente ! Ce n’est pas évident de sortir chercher ses effets dans le froid et la pluie. Je perds rapidement ma chaleur corporelle et je dois vite m’habiller pour rester confortable.
Ma première nuit en forêt m’a donné du fil à retordre et m’a coûté relativement cher, mais elle fut relaxante et appréciée. J’imagine que je vais finir par établir une routine et que les choses deviendront plus simples avec la pratique.
Chose encourageante : je suis déjà en avance sur mon plan de match et j’ai peu de route à faire aujourd’hui pour me rendre à Winnipeg, où je compte passer la nuit. 250 km maximum ! C’est un jeu d’enfant.
Évidemment, rien n’est jamais si facile à moto.
La température descend sous les 10 degrés et la pluie s’en mêle sérieusement. Et quand je dis pluie, je ne parle pas d’une petite averse douce, mais de gouttes d’un litre provenant directement de l’époque glaciaire ! Je m’arrête pour faire le plein à Kenora (ON), un joli village entouré de lacs, mais le déluge m’empêche toute visite approfondie.
La couverture nuageuse est si dense qu’il fait littéralement noir. Après 45 minutes, me voilà au Manitoba ! Comme promis, je dois prendre une photo de la pancarte, mais sous quel orage ! Je prends mon courage à deux mains et m’arrête sur le bord de la route pour deux clichés rapides au milieu des éclairs.

C’est impressionnant de voir comment le passage de la frontière transforme le paysage. Presque instantanément, je passe d’une route sinueuse bordée de lacs à une autoroute à quatre voies, droite à l’infini. Malgré la pluie, la conduite devient facile. J’enclenche le régulateur de vitesse et je relaxe un peu en prenant ma “douche” en roulant. Blague à part, mon équipement ne fait pas le poids : je suis détrempé.
L’eau traverse mon manteau (BMW Rallye 2 Pro), ma coquille (North Face), ma veste chauffante et finit par mouiller mon chandail. Mes gants, trop courts, laissent aussi passer l’eau. Je devrai m’ajuster et trouver des solutions, car cela m’inquiète pour la portion nordique de l’aventure. Pour la première fois, je me demande vraiment ce que je fais ici.
Un vieil ami, Nigel, que je croiserai à Calgary à la fin du voyage, est originaire de Winnipeg et m’a proposé de loger chez sa mère, Ivy.
Winnipeg n’est pas une destination touristique en soi, mais elle est significative pour moi. En 1985, j’y avais passé l’été à l’Université du Manitoba pour une immersion anglaise. C’était mon premier voyage en avion et mon premier périple sans mes parents. Je tenais à revoir la ville pour ces souvenirs.

Ivy, originaire de la Jamaïque, m’accueille comme un roi. Quelle gentillesse ! Ce n’est pas simple : je suis trempé et elle a préparé un repas élaboré. Pourtant, j’hésite : Winnipeg sous la pluie ne m’enchante guère, et si je reste, je veux explorer la ville et souper au centre-ville.
Je descends au sous-sol pour appeler Nadine. Elle est si excitée qu’elle me raconte quatre choses à la fois. Nous discutons déjà de modifier ses plans de vol pour nous rejoindre à Vancouver plutôt qu’à Prince Rupert. Si le reste du trajet ressemble à ces derniers jours, elle n’appréciera pas le froid et la pluie entre Prince Rupert et Vancouver.
Après cet appel, je retourne discuter avec Ivy et décide finalement de rester, car le ciel commence à se dégager miraculeusement.
Je me rends à l’Université du Manitoba. Incroyable : je ne me rappelle de rien ! Pourtant, les édifices sont superbes et historiques. Les yeux d’un jeune de 16 ans ne voient manifestement pas la même chose que ceux d’un homme de 40 ans.
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Je passe ensuite par le centre-ville. Rien de spécial, mais le beau temps s’installe pour de bon, confirmant ma décision de passer la soirée ici.

De retour chez Ivy, je démonte à nouveau mes bagages. Mon système n’est pas au point ; je perds trop de temps à charger et décharger. Je devrai repenser ma stratégie. Pour le lunch, l’odeur du poulet jamaïcain d’Ivy est irrésistible. Nigel avait raison : c’est délicieux !
Plus tard, je retourne au centre-ville. Je repère quatre motos garées sur un trottoir. Je décide de les imiter pour éviter les parcomètres. Je verrouille tout, active l’alarme et m’apprête à visiter quand un agent de sécurité m’interpelle : c’est un stationnement réservé à Postes Canada.
Heureusement, il est sympathique. Voyant d’où je viens, nous discutons 30 minutes. Finalement, il me laisse stationner là et propose même de surveiller ma moto !
La visite peut commencer. Winnipeg me rappelle un mélange de Denver et Chicago, en format réduit. Ce qui frappe le plus, c’est la pauvreté et la mendicité, particulièrement chez les autochtones au centre-ville. De ça, je m’en souvenais.
Je visite rapidement The Forks, Saint-Boniface et l’Exchange District. La ville semble un peu calme, peut-être parce que je suis habitué à l’effervescence de Montréal ou de villes comme Barcelone.

Heureusement, les Irish Pubs sont les mêmes partout ! Après deux bières, la ville s’anime un peu plus. Je poursuis chez le voisin, le “Oui Bistro”. Je suis agréablement surpris par le repas et l’ambiance. Le vin est très apprécié après ces quelques jours de route. Petite note culturelle : mon steak-frites m’a été servi avec du ketchup… définitivement, je ne suis plus à Montréal !
Il est minuit passé quand je rentre chez Ivy. Demain sera une grosse journée : je vise Edmonton. Plus de 1300 km et 13 heures de route… On verra bien si j’y parviens !