07h30 Whitehorse
12h30 Entrée de la Dempster Highway
23h30 (00h30 heure locale) Inuvik !!!!! 1230 km
Aujourd’hui fut la journée de moto la plus difficile de ma vie.
Rien à signaler entre Whitehorse et Dawson City, à part quelques sections en gravier pour cause de construction et quelques animaux toujours aussi surprenants ! J’en profite pour suivre un groupe de GS, mais j’ai vite fait de les dépasser pour continuer seul, car leur rythme était un peu trop lent.


Début de cette route si attendue (Dempster Highway) vers 12h30, après avoir fait le plein à 1,75 $ le litre !










La route est superbe. Après 5 ou 6 km, on roule sur un gravier bien compacté qui permet de maintenir une bonne vitesse.
Après 40-50 minutes, on traverse le Tombstone Provincial Park et le paysage est simplement à couper le souffle. Cela ressemble aux majestueuses étendues découvertes en Argentine ou au Chili. On se retrouve rapidement en conditions de haute montagne, avec même un peu de neige dans les rivières. Toutefois, je suis chanceux : la météo est parfaite avec un beau 25 °C.
Ma journée la plus chaude à ce jour se déroule en Arctique !
Il est difficile de parcourir 5 km sans s’arrêter pour contempler l’horizon à perte de vue. Encore une fois, c’est un peu comme en Amérique du Sud, mais en beaucoup plus vert.




Il y a très peu de voitures. Je passe parfois une heure sans croiser personne. C’est plaisant, mais effrayant à la fois : si j’ai un bris ou un accident, je suis vraiment seul. Je peux rouler confortablement à 100 km/h, mais je reste très vigilant pour des raisons évidentes.
Tout cela allait changer… rapidement.
Au nord du Yukon, juste avant d’entrer dans les Territoires du Nord-Ouest, la route se dégrade à la vitesse de l’éclair. Je passe très près de perdre le contrôle dans un gravier épais et mou qui me prend par surprise. Quel sentiment d’horreur.

Un peu plus tard, je franchis les limites du cercle polaire. Clic photo de touriste et on continue, car il commence à se faire tard.

La fatigue est évidente. Je dois rester concentré à 100 % pour repérer les pièges de la route, ce qui est de plus en plus fréquent puisque je dois conduire debout très souvent.

Deux traversiers en une heure. Passé Fort McPherson, la route se détériore au point où ma vitesse chute considérablement. Je suis constamment debout et sur le qui-vive. Si je tombe ici, je préfère ne pas imaginer les conséquences. Je frôle la catastrophe à cinq ou six reprises, mais je réussis à sauver les meubles.
Les 300 derniers kilomètres se font debout, à 50-60 km/h. Une véritable épreuve d’endurance, de détermination et de pilotage.

Le paysage montagneux laisse place à la toundra. Il est tard et je dois travailler fort pour garder la moto sur la route. Une perte de contrôle ici est grave, car la route est construite sur du pergélisol : on a dû ériger une base de 3 ou 4 mètres de gravier par-dessus le sol. Si je quitte la chaussée, je tombe littéralement de 4 mètres de haut !

Je me fais dépasser par quelques camions qui soulèvent une poussière dense. Si une voiture les suivait, le conducteur ne me verrait jamais ! Heureusement, il est tard et je suis presque seul.

23h30, 16 heures plus tard : me voilà enfin à Inuvik ! Sain et sauf.

Je fais rapidement le tour du village et me rends au camping situé 2 km avant l’entrée de la ville. Je vais y dormir ma meilleure nuit à ce jour, malgré la clarté permanente.
Je resterai ici deux jours car je ne reprends pas la route demain ; je suis trop épuisé. En plus, j’ai droit à une nuit gratuite au camping puisque je suis arrivé après minuit !
Cette route fut toute une expérience et une sacrée épreuve. Une chance que j’avais installé des pneus TKC80 (hors route) sur la moto. Le retour sera différent : j’ai l’intention de prendre mon temps, de prendre des photos et de rouler moins vite… du moins, c’est ce que je pensais !
La moto est si sale que dès que je la touche, je me souille. J’irai la laver demain, car mes vêtements sont encore contaminés par le répulsif à ours !
