09h30 Eagle’s Plain
14h30 Fin du Dempster Highway
15h00 Dawson City
20h00 Camping (1 heure avant Whitehorse) | 810 km
C’est incroyable comment une bonne nuit de sommeil redonne de l’énergie.
Rapidement, je sors et constate que la météo est beaucoup plus calme. Les nuages sont présents, mais en altitude, et les vents sont faibles, ce qui est généralement un bon signe.
Certains voyageurs hésitent encore à monter vers Inuvik et me demandent mon avis. Je comprends leur désir de s’y rendre — c’est le voyage d’une vie pour plusieurs — mais la sécurité passe avant tout. Pour ma part, je n’irais pas, surtout qu’il faudra ensuite revenir et que les prévisions restent mauvaises pour les prochains jours. Mais l’humain a besoin de voir et de ressentir pour comprendre la réalité ; je leur souhaite donc bonne chance.
J’évalue rapidement que la situation est bien meilleure qu’hier. On m’informe que cette fenêtre météo ne durera qu’une journée avant le retour des averses. La décision est prise : je veux sortir de cet enfer ! Je sais que ce sera difficile, mais comparé à hier, c’est une journée d’été. Un peu de brume m’accompagne, mais rien d’inquiétant.
Les membres de GSRiders.us semblent hésitants à partir. Ils prendront leur décision plus tard. Ils me demandent de les informer des conditions en cours de route, mais ce sera impossible par manque de réseau.
Je suis heureux de voyager seul. Les décisions sont plus simples. L’histoire me donnera raison : le groupe partira trop tard et sera rattrapé par le mauvais temps. L’un des membres subira une grave perte de contrôle, plusieurs fractures, et devra être évacué par hélicoptère.
J’amorce bien le trajet. La route est beaucoup plus stable qu’hier et je parviens à maintenir une bonne vitesse la majorité du temps. Je reste toutefois vigilant face aux sections boueuses. La grosse GS est impossible à diriger sur ce type de sol ; je m’arrête avant chaque flaque pour m’y aventurer prudemment.

À mi-chemin, je croise un cycliste de Calgary qui monte vers Inuvik… Voilà un vrai dur ! La route est déserte. Je croise rarement des véhicules et je dépasse une première moto : une vieille BMW R100 des années 80 chevauchée par un couple d’Allemands. Incroyable !
Il n’y a qu’un seul pont sur cette route, et ce fut un plaisir de le traverser. Par la suite, les conditions s’améliorent au point où je peux rouler à 100 km/h ! Quel bonheur. Je reste concentré à 100 % pour flairer le danger et percevoir les changements de couleur du gravier, surtout lorsqu’il devient noir ou reluisant. Malgré l’amélioration, je dois encore souvent “sauver les meubles” pour éviter la chute. C’est normal de pousser un peu la machine, car la route est interminable. Le paysage est superbe, et malgré les risques, je me dis que ça en vaut vraiment la peine.

Après 300 km, la route se dégrade de nouveau et je dois ralentir sérieusement pendant 50 km. Mais vers 14h15, je regarde mon GPS : il ne reste que 12 km ! Un immense soulagement m’envahit, balayant toutes les épreuves des derniers jours. Ça y est, j’ai vaincu le Dempster Highway !
Fait cocasse : à quelques kilomètres de la sortie, je croise un couple s’engageant sur la route en carriole, avec deux chevaux et des chapeaux de cowboy !

Comme rien n’est jamais simple dans ce coin de pays, les 10 derniers kilomètres sont pénibles et je dois rouler au pas. Mais à 14h30, je vis l’un des plus beaux moments du voyage : de l’asphalte ! Quel bonheur, quelle douceur. Quelle belle invention que le bitume !

Après avoir appelé Nadine, je me dirige vers Dawson City, à 30 km à l’ouest. Un festival de musique s’y déroule. Je pensais que le village resterait tranquille vu son isolement, mais erreur : il déborde de fêtards et les rues boueuses sont bondées. À l’office de tourisme, une dame en costume d’époque m’annonce avec regret que tout est complet. Elle me donne les coordonnées d’un camping provincial situé… à 500 km de là, près de Whitehorse ! Je dois reprendre mon courage à deux mains. Je lave la moto, prends quelques photos et je repars. Pas le choix.
