08h00 Hampton Campground (BC)
09h00 Skagit Valley Provincial Park (BC)
18h00 Vancouver (BC) | 300 km
Lors de mon passage la veille, je m’étais arrêté dans une halte du parc provincial Manning où débutaient plusieurs sentiers de randonnée. J’avais été impressionné par la présence d’arbres vieux de 500 ou 600 ans.

J’y suis donc retourné aujourd’hui pour gravir Silverdaisy Mountain.

C’est une belle montagne, très sauvage. La montée est assez difficile et constante. À l’entrée du sentier, on trouve une petite pancarte, semblable à celles des autoroutes du type “Adopt-a-Highway”, sauf qu’ici, l’inscription indique “Adopt-a-Trail” au nom de Sev Heiberg.
Sur le coup, je trouve cela un peu loufoque. Avec la solitude de la marche, je me surprends à y réfléchir et, surtout, à trouver cette idée totalement inutile : qui veut bien adopter un sentier pour voir son nom affiché au début du parcours ?
La marche est exigeante car la pente est abrupte. La montagne est déserte, ce qui augmente les chances de croiser des ours ou des grizzlis, un risque bien présent dans l’Ouest canadien. Je transporte d’ailleurs un poivre contre les ours (Bear Spray) et une petite clochette qui me rend fou, mais qui permet de s’annoncer pour ne pas surprendre l’animal.
Après trois heures de montée, au détour d’un virage serré dans un passage escarpé, je fais le saut de ma vie. Je tombe littéralement face à face avec un vieil homme, en plein milieu de la montagne !
Le contact est saisissant : je marche depuis des heures sans signe de présence humaine, concentré sur les ours, et voilà que je sursaute devant un homme de plus de 80 ans ! Plus surprenant encore, il est en train de couper les herbes, les branches et les troncs qui encombrent le sentier.

Et oui, je viens de croiser l’homme qui a adopté le sentier : Sev Heiberg.
Nous discutons plusieurs minutes et je découvre un homme extraordinaire qui rend mes réflexions initiales complètement erronées. Il a exactement 82 ans et se trouve là, au milieu d’une montagne difficile d’accès, même pour quelqu’un de jeune et d’expérimenté comme moi.

Cette rencontre m’a donné beaucoup de matière à réflexion pour ma dernière poussée vers le sommet.
Un peu plus loin, je croise un homme dans la trentaine accompagné d’une jeune fille. Ils travaillent aussi à l’entretien. Ils m’expliquent qu’ils sont là pour aider M. Heiberg afin de populariser ce sentier méconnu. Nous retournons voir M. Heiberg car ils veulent une photo avec lui, ce que j’accepte volontiers de croquer.
À mon retour, je croise encore M. Heiberg qui s’attaque à un tronc d’arbre tombé en travers du chemin… avec une scie à main ! Je lui offre de terminer le travail. Les trois quarts sont déjà faits, mais j’ai dû travailler fort pour finir de scier l’arbre. Imaginez : il avait déjà coupé ce tronc à deux endroits. Je réalise que j’ai affaire à quelqu’un de hors du commun.
Dans la soirée, une recherche sur Internet me confirmera que cet homme fut l’un des grands explorateurs et alpinistes de l’Ouest canadien, ayant été le premier à gravir plusieurs hauts sommets en Colombie-Britannique.
Après cette aventure, je me suis rendu à Hope pour chercher un motel, n’ayant pas envie de camper. Finalement, j’ai contacté un ami résidant à Vancouver, Cameron, avec qui j’ai passé la soirée et qui m’a gentiment hébergé.